LES DROITS D´AUTEUR EN QUESTION
Lors de mon dernier séjour à Alger, j´ai été surpris d´apprendre que Monsieur le Président, mon roman par lettres, avait été traduit et publié en langue arabe par les éditions Dar El Hikma avec laquelle j´avais signé, en 2001, un contrat jamais honoré, pour la version française de ce livre (*).
Cette version a été publiée par la maison d´édition grâce au soutien accordé par le ministère de la Culture dans le cadre de la manifestation « Alger, capitale de la culture arabe ». Seul l´auteur n´avait pas été mis au parfum !
Dar El Hikma, dont la renommée en matière d´escroquerie n´est plus à faire, a donc bénéficié – en trompant l’institution concernée – du soutien destiné à promouvoir la traduction d´œuvres écrites en d´autres langues. S´il va de soi que je suis honoré de voir publié en arabe Monsieur le Président, dont la parution avait été interdite en Syrie, il n´empêche que le procédé me révolte. Je me suis donc mis en campagne pour dénoncer ces méthodes mafieuses en m´adressant à la ministre de la Culture, aux éditeurs, à l´Office national des droits d´auteurs et à l´opinion publique, avant de recourir aux tribunaux.
Au-delà de ma propre mésaventure, il me semble important de mettre en débat la question du respect du droit d´auteur souvent piétiné dans notre pays.
Les messages reçus ces derniers jours de la part d´écrivain(e)s ami(e)s m´ont appris que nombre de nos auteurs ont vécu pareilles péripéties avec des personnages qui tels Ahmed Madi, le directeur de Dar El Hikma, pensent qu´ils ont le droit de vivre impunément sur le dos des créateurs et ce, en dépit des lois et des contrats qu´ils signent.
Ce qui m´a particulièrement frappé dans ces messages, c´est que ces écrivains sont découragés et rechignent à recourir à la justice pour protéger leurs droits. Ils craignent des procédures judiciaires longues et coûteuses sans qu´ils soient assurés de pouvoir, enfin, obtenir gain de cause. Certains pensent que les éditeurs délictueux bénéficient de protections occultes, leur permettant de se moquer des juges et des tribunaux.
S´il y a du vrai dans ces affirmations, est-ce à dire qu´il faut baisser les bras ?
Si nous sommes en droit d´attendre que le ministère de la Culture et l´Office national du droit d´auteur, soient les gardiens de l´application des lois dans ce domaine, nous nous devons également de réclamer l´assainissement du milieu éditorial et de participer, avec les autres acteurs de la chaîne du livre, à l´application de règles élémentaires d´éthique. Et ce pour éviter que chaque livre publié ne devienne source de conflit.
Les diffuseurs sont aussi concernés. Je tiens d´ailleurs à saluer les éditions Chihab qui agissent aussi en tant que distributeur. Elles se font, m´a-t-on assuré, une règle d´honneur de ne pas distribuer les éditeurs en délicatesse avec leurs auteurs.
Cela étant dit, que pouvons nous faire pour faire cesser l´état actuel des choses ?
Je propose que chaque victime de ces pratiques saisisse le ministère de la Culture, l´Onda, les associations d´écrivains même si elle n´en est pas membre, les médias et les tribunaux. Les associations d´écrivains, qui devraient bénéficier des services juridiques d´avocats spécialisés et conventionnés, peuvent prendre en charge, comme c´est le cas sous d´autres cieux, la défense de leurs membres.
On me rétorquera sûrement que tout cela ne servira à rien. Je reste convaincu que la publicité donnée aux comportements malhonnêtes demeure le meilleur moyen de contraindre les coupables à rendre gorge et à cesser de parasiter le milieu.
Il est également vital que les éditeurs fassent le ménage dans leurs rangs. Une des décisions qu´ils pourraient prendre est la nomination d´un médiateur chargé de régler les litiges entre éditeurs et auteurs et entre les éditeurs eux-mêmes.
Pour le moment, s´ils ne disposent pas du pouvoir règlementaire pour bannir les brebis galeuses de la profession, ils ne manquent pas d´atouts pour mettre en quarantaine les indélicats auprès des instances concernées, et les priver, ainsi, de tout soutien institutionnel.
Je n´invente pas le fil à couper le beurre en soulignant cela. Je sais que le débat est en cours au sein de la profession, mais qu´il existe des pesanteurs et contradictions qui ne disparaîtront qu´avec la professionnalisation d´une branche encore au stade du balbutiement.
Le milieu éditorial national est fragile, et souffre, à l´instar de ceux des pays arabes et du tiers monde, de l´existence de véritables flibustiers connus et souvent tolérés.
L´Algérie, signataire de la convention de Berne sur les droits d´auteur, ne peut ignorer les règles élémentaires dans ce domaine et finira bien par les faire appliquer pour éviter aussi, les conflits à répétition avec les éditeurs étrangers, qui ternissent la réputation de son milieu éditorial.
Hamid Skif
(*) Cette déplorable édition est vendue à 280 dinars l´exemplaire. Malgré un contrat en bonne et due forme et en dépit de plusieurs mises en demeure, je n´ai pas perçu un centime de droits et n´ai été informé ni du tirage ni de l´état des ventes.